Photographie » Technique » Film » Différences avec le numérique

En passant de la pellicule argentique au numérique, de nombreux photographes se sont dit "quel progrès!"
En effet, le numérique a de nombreux avantages comparé à l'argentique: la possibilité de voir directement le résultat et la résolution qui a actuellement dépassé celle des émulsions argentiques. Une photo numérique ne coûte rien, une carte de mémoire permet de stocker près de mille photos (comparez cela au 36 ou 72 photos du format 24*36 ou half frame).

Mais en passant au numérique, c'est comme si on achetait tout un camion avec de la pellicule “Basichrome 200ASA”.

En affet, le capteur n'est pas amovible. C'est une vérité de la Palice, et c'est pour cela qu'on en oublie les conséquences.

Basichrome 200ASA

Comment cela? Mon capteur va de 50 à 128.000 ISO, et vous me dites que toutes photos sont prises avec du Basichrome 200ASA?

En effet! Faites l'expérience: prenez une photo à la valeur d'ISO la plus basse, et puis à une valeur élevée en utilisant un temps de pose le plus court possible. Vous voyez des différences, vous? (à part un bruit de fond un peu plus visible). Non, il n'y en a pas. C'est toujours un capteur de 200ISO qui prend la photo. L'appareil photo va simplement augmenter l'amplification du signal en provenance du capteur avant de numériser. Pour réduire le bruit de fond, le logiciel va filtrer l'image plus fortement, éventuellement comprimer les ombres pour noyer le bruit dans le noir, etc.

Le réglage d'ISO de l'appareil photo numérique correspond au réglage du volume de la radio: cà joue plus fort ou plus faiblement, mais c'est toujours le même programme.

Milles sortes de pellicules

Alors qu'avec de la pellicule, quelle chance! Vous avez de la pellicule peu sensible, mais avec un grain extrèmement fin et une dynamique très étendue, permettant par exemple de photographier un coucher de soleil dans toute sa splendeur. Essayez de faire cela avec du numérique: les tons rouges sont cramés (et les ombres sont bruitées si on sous-expose pour essayer de corriger les hautes lumières). En argentique, s'il vous faut un peu plus de sensibilité, vous avez du 400ASA que vous pouvez pousser au développement jusqu'à 1600ASA (avec augmentation du contraste et du grain).

Pour les ignares: ASA (american standards association) est l'ancienne dénomination de ISO (international standards organisation) pour indiquer la sensibilité. C'est naturel que j'utilise l'ancienne dénomination pour la pellicule. Rassurez-vous, je ne vais pas jusqu'à la norme DIN (Deutsches Institut für Normung).

Et puis vous avez les différences entre toutes ces chimies: le négatif pour le tout-venant, qui permet de corriger par après les erreurs d'exposition, et les diapositives pour les meilleures images. Et les différences entre Fuji, Kodak, Agfa... Ne parlons pas du développement chez soi, la salle de bain transformée en laboratoire,... Le développement chez soi permet d'augmenter ou de réduire le contraste local de façon naturelle. Essayez de voir la différence entre un capteur Nikon ou Sony...

“Highlight priority”
ou comment vendre un défaut
comme une avancée technologique majeure

La preuve que le capteur a une sensibilité basique qu'il n'est pas possible de modifier, c'est que le mode "highlight priority" de Canon ne fonctionne qu'à partir de 200ISO (les valeurs plus faibles ne sont plus disponibles). Le mode "highlight priority" est censé améliorer le rendu des hautes lumières et utilise pour cela une sous-exposition (et relève par après les ombres et en corollaire le bruit de fond). L'appareil indique 200ISO mais expose en 100ISO et corrige la courbe par après (c'est pour cela que vous ne pouvez plus aller à du 100ISO). La sous-exposition réduit le risque d'avoir des photos cramées, il n'y a pas de formule magique qui augmente la dynamique.

Maintenant que vous savez à quoi sert le mode "highlight priority", débranchez-le et exposez mieux vos photos.

La dynamique

Et on en arrive à la dynamique: un capteur a une dynamique relativement réduite. La pellicule a une courbe de sensibilité logaritmique, qui correspond parfaitement à notre vision (qui est également logaritmique). La pellicule a un meilleur rendu des différents niveaux, surtout aux hautes lumières, là où le numérique se plante lamentablement. Le modelé est plus beau avec l'argentique.

Le capteur, lui, est linéaire. Un photon, c'est un électron, et un électron c'est un bit (pour résumer). En argentique, un photon produit une réaction chimique (image latente), mais rend également le grain moins sensible.

Les capteurs Canon sont limités à une dynamique de 9IL, même avec les appareils les plus récents (le tremblement de terre au Japon a été catastrophique pour le département de recherche de Canon, qui se fait dépasser par Sony/Nikon).

Je m'insurge avec raison contre l'utilisation du mode RAW, alors que le mode RAW, s'il ajoute des bits (une gradation plus fine des niveaux) n'améliore pas fondamentalement la dynamique du capteur. Nikon a une dynamique d'environ 11IL (pas moins de 400% mieux!) avec des ombres sans bruit de fond et des tons clairs bien détaillés, ce qui pourrait justifier l'utilisation du mode RAW, ne fusse que pour profiter de l'avancement des techniques.

Le numérique libérateur

Mais finalement, je ne pourrais pas me passer du numérique. Le numérique permet des approches créatives différentes et l'image directe permet de contrôler immédiatement le résultat. Le light painting est bien plus facile en numérique (j'ai essayé en argentique et cela a foiré). Les retouches sur ordinateur me permettent des effets qui ne sont pas possibles en argentique (le procédé selective colors, par exemple). Réaliser un book de modèle à peu de frais, travailler là où il y a peu de lumière, faire des explorations urbex et s'amuser avec ses flashes déportés.

Ce qu'on perd d'un coté (la chimie créative, qui n'est pas à la portée du premier venu), on le gagne d'un autre coté, encore faut-il utiliser les possibilités offertes:

Photographie pour tous
et nivellement par le bas

La photographie numérique est synonyme de "photographie pour tous" et de nivellement par le bas. Tout le monde peut s'appeler "photographe professionnel", et c'est pas le modèle photographié qui voit la différence. Or une seule photo ratée dans un book, et c'est tout le book qui vole au bac, je le sais, j'ai travaillé pour des agences.

“De mon temps...” on utilisait du make-up pour éviter les reflets sur la peau. Le make-up est une fine couche matte dont le but principal est d'éviter les reflets. Même au temps de la photographie argentique, les reflets sur la peau étaient tabous (sauf évidemment si c'est l'effet recherché). C'est encore plus le cas avec la photographie numérique, qui est limitée dans les hautes lumières. Evidemment, maintenant... plus c'est moche et plus cela reçoit des J'aime sur facebook.

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Photographier avec seulement la lumière d'un GSM: aucun film couleur n'atteint la sensibilité d'un bon capteur numérique.
Temps de pose 1/20, ouverture ƒ/1.4, ISO 3200, focale 50mm.

Je n'ai rien contre le numérique, mais j'ai horreur de ces soi-disant photographes proffessionnels (sic) qui ne savent pas prendre de photos. Une agence jette cette photo au bac (et toutes les autres photos du book par la même occasion).

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