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Il y a quelques jours, je reçois un Olympus Camedia C3000 en réparation. Il s'agit d'un des appareils que j'ai utilisé. Je controle la date de fabrication: début 2000.

Kodak

Nous sommes en 1975. Rappellez-vous, les premiers enregistreurs vidéo monochrome avec tubes de prise de vue. C'est l'équivalent video du film cinématographique. Avant l'enregistrement numérique réalisé par Sony, il y avait déjà des prototypes d'enregistreurs d'image aux laboratoires Kodak, basés sur les premières puces CCD. L'image numérique était enregistrée magnétiquement (sur bande pour le prototype).

Mais l'empire Kodak était uniquement basé sur la photographie argentique, et Kodak n'a pas voulu développer le prototype. Pourtant avec ses moyens financiers fort importants (bien plus importants que ceux de Sony en tout cas), Kodak aurait tout aussi bien pu s'imposer dans le monde de la photographie numérique.

Malheureusement pour eux, il n'est pas possible de bloquer le progrès et d'autres firmes se sont lancées sur le marché. Il n'a pas fallu longtemps pour que le marché passe de l'argentique au numérique et Kodak qui avait tout misé sur l'argentique a fait faillite au début du XXIe siècle.

Sony

Une entreprise qui n'avait pas de bases dans l'argentique s'est rendue compte qu'il s'agissait d'un créneau porteur. Cette entreprise n'avait pas à ménager la chèvre et le choux, puisqu'elle n'avait jamais eu de photographie argentique. Sony pouvanit donc miser à 100% sur le numériqye sans avoir d'arrières pensées.

L'enregistrement sur disquettes était possible dès 1981 avec la série Mavica de Sony. L'enregistrement se faisait avec un format propre de 2 pouces, le Mavipak (le format des disquettes de 2 inch n'était pas standardisé et ne correspondait pas au format de disquettes courant à l'époque).

Le premier appareil photo enregistrait des images fixes sous forme de signal vidéo sur des disquettes spécifiques, les “Mavipak”.

Le capteur provenait d'une caméra vidéo et avait donc également ses défauts: résolution limitée et temps de pose fixe. La résolution était de 570 × 490 pixels (0.28 megapixels!). La disquette avait 50 pistes et chaque piste pouvait contenir une image. Le stockage était purement analogique, il n'y avait pas de conversion numérique. Le traitement des images ainsi stockées était problématique, les images ne pouvant pas être lues dans d'autres appareils, et la seule sortie était une sortie vidéo. Cet appareil photo était en fait une sorte de reflex (avec miroir) et optiques interchangeables.

Ce système original a surtout été utilisé dans les hôpitaux pour stocker les images rayons-X.

MVC-FD

Les premiers appareils photo pouvant stocker des images sur disquettes compatibles (format 3.5 inch) sont apparues fin des années 1980. Les optiques interchangeables font place à une optique fixe sans zoom, la seule manière de rendre le système suffisamment bon marché. L'ancètre d'instagr.am, quoi!

Le nom de Mavica est resté bien que l'enregistrement était maintenant tout à fait numérique et compatible avec le format JPEG. Les appareils photo n'avaient plus rien à voir avec la vidéo, à part la résolution, qui était toujours aussi désastreuse. On aurait pu tout aussi bien numériser l'image d'une caméra vidéo, c'était d'ailleurs le temps des premières cartes VGA avec numérisation du signal vidéo.

Le modèle Sony MVC-FD5 est le début d'une série qui aura beaucoup de succès. Le grand avantage était le stockage sur disquette, ce qui permettait d'envoyer rapidement les photos par courriel ou de les utiliser directement sur un site web. Le Mavica était l'équivalent plus pratique du Polaroid.

Les capteurs se sont améliorés dès les années 1990, mais maintenant le point faible était la disquette, qui était lente et avait une capacité limitée (pour mémoire: 1.4 megabytes, moins qu'une photo d'un APN récent). On pouvait stocker 4 photos sur disquettes (MVC-FD95, le dernier appareil de la série avec disquettes avec capteur de 2.1 megapixel).

Pour augmenter la capacité, les fabricants ont utilisé des cartes de mémoire et un adapteur au format de la disquette. C'était à l'époque la seule manière de transférer les images de la carte de mémoire vers l'ordinateur. La plupart des ordinateurs n'avaient pas encore de connection USB (c'était le temps de windows 95). L'adapteur a surtout été utilisé pour les cartes SmartMedia.

MVC-CD

Au début des années 2000, on voit l'apparition chez Sony du stockage sur CD-RW (les premiers modèles ne pouvaient écrire que des CD-R). Il s'agit du format miniature (8 cm) d'une capacité allant jusqu'à 210MB, mais Sony ne pouvait enregistrer que les CD-R de capacité de 156MB.

Le premier appareil sur le marché est le Sony MVC-CD1000, un appareil qui a eu beaucoup de succès. Les caractéristiques étaient impressionantes pour l'époque: un zoom de 10× équivalent à 36-360mm sur un reflex. Le zoom des appareils concurrents se limitait à 3×. Le capteur avait une résolution de 2.1 megapixel et l'optique était très bonne. La fonction Steady Shot était disponible (bien nécessaire avec un téléobjectif de 360mm).

L'utilisation du CD-R était une bonne idée, alors que les cartes de mémoire étaient encore très chères et de capacité limitée. Voici enfin un appareil qui utilise de vulgaires CD-ROM! C'est l'idéal en voyage! Une carte de 160MB coutait à l'époque environ 350€, tandis que les CD-ROMs se vendaient à quelques euro/pièce (c'était avant les taxes reprobel). Que les images ne pouvaient pas être effacées ne formait aucun problème: les disques étaient utilisés comme forme d'archivage. Je peux toujours lire les photos de cette période (sans perte de qualité). Actuellement, les utilisateurs ne disposent plus d'aucune forme d'archivage à la fois standardisée, bon marché et facile d'utilisation.

Mais les CR-R avaient également leurs inconvénients: le stockage n'était pas vraiment plus rapide que le stockage sur disquette. Il fallait finaliser les CD-R dans l'appareil avant de pouvoir lire les photos sur ordinateur (et une fois finalisé, le CD-ROM ne pouvait plus recevoir de nouvelles photos). Le lecteur de CD-R était le point faible de l'appareil car il n'était pas très fiable.

Le CD-R (qui ne pouvait pas être effacé) est l'équivalent de la pellicule: une forme d'archivage qui n'a plus connu d'équivalent depuis.

Mavica

Magnetic Video Camera

Il nous reste un élément du temps du CD-ROM: quand on indique une vitesse d'écriture des cartes de mémoire (par exemple 10×), c'est la vitesse en comparaison d'un disque compact CD-ROM standard (150kB/sec).

D'autres fabricants se sont lancés sur le marché très prometteur de la photographie numérique, chaque fabricant avec son propre format de stockage. La guerre des cartes mémoire pouvait maintenant commencer!

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